La maison du bout


Mariage Antoinette et Jean Collignon 1930


Elle trône tout au bout, votre maison,

Les Collignons du bout, c’était vous.

Je me souviens de vos goûters,

Une dînette minuscule dont je rêvais,

Des gaufres et des brioches.

Puis, s’échapper sur une balançoire-bateau,

Aujourd’hui, échouée de rouille.

Se glisser dans l’étable,

Renifler le lait chaud et moussant,

En équilibre près de l’auge à cochons.




Jean, Antoinette et Françoise Collignon 1931

Retrouver la cuisine et sa tiédeur:

Les bouchons d’hydromel qui sautaient,

Cassis et cerises à l’eau de vie,

Une nuée de filles s’affairait à la ruche,

Et Jean ,de sa voix grave rudoyait son clan.

Il nous racontait le Sivry d’autrefois,

Grand et maigre, lunettes de myope,

Le dos courbé par trop de désherbages,

Il nous effrayait et nous fascinait.

Petite et ronde, toujours en tablier,

Les mains ravinées par les épluchages,

Deux yeux tout rond,

Rapides à pleurer pour une peine éternelle,


Familles Adeline et Collignon fin des années 40

Discrète, elle se donnait

Sans limite et sans bruit.

Une ribambelle d’enfants

Affamés et turbulents,

S’échappaient de ses ailes.


Premier vol en avion pour vos 80 ans,

Voyage enchanteur en Terre Sainte

Et un récit qui durait des jours.

Des recettes, des conseils pour faire le vin,

Pour tailler un arbre, planter un chou...

Toujours, vous nous donniez

Trésor inestimable,

De vos deux vies, hélas périssables,

Mais à jamais dans nos cœurs.


Dominique Fortin 1985